Projection – Tokyo melody
– PROJECTION-DÉBAT SENSOPROJEKT –
Mardi 7 juillet 2026 à 19h30
La projection sera suivie d’une discussion entre la réalisatrice Elizabeth Lennard et Alyssa Verbizh, membre de SensoProjekt
Tokyo melody
Un film de Elizabeth Lennard, 62 mn, France-Japon,1985 – sur Ryuichi Sakamoto
Une coproduction INA et Yoroshita Music In
C’était le début des années 80, avant l’arrivée d’Internet, des réseaux sociaux ou d’Apple. On se servait encore de grandes disquettes souples dans les studios de mixage. On dansait sur la B.O de « Grease ». Et on croyait encore que la technologie n’avait que du bon. Le Japon avait beau être « le pays le plus capitaliste » au monde, il gardait toujours un pied dans le passé.
Le créateur qui a à la fois le mieux compris le contexte son pays, ses fêlures, ses espoirs, et anticipé les changements à venir, est assurément le compositeur Ryuichi Sakamoto (1952-2023). Tout est là : l’hybridation des genres, l’ambigüité sexuelle, la fusion entre l’Est et l’Ouest, la techno, le hip-hop, la musique que l’on écoute par fragments, telle qu’on la consomme aujourd’hui sur Tik Tok.
La réalisatrice a « saisi » son protagoniste en 1984, à un moment charnière de sa carrière, où la star déjà planétaire était encore accessible. Elle nous propose un portrait du compositeur à l’œuvre, préparant son prochain disque, en symbiose avec un portrait de Tokyo et de ses sonorités. Le film est construit comme un continuum sonore dans lequel la musique jouée par le compositeur en studio se déverse et se fond dans une succession de paysages tokyoïtes en mouvement : des trains, des métros, des voitures, des ascenseurs dont la caméra capte la frénésie. Mais Elizabeth Lennard sait aussi s’attarder sur les fêtes traditionnelles, sur les moments statiques qui résonnent tant avec la musique de Sakamoto. Une musique « qui refuse de s’exprimer de manière affirmative, préférant l’entre-deux qui sépare la musique du silence, quelque chose d’irrésolu, de suspendu ». Quand le musicien ne compose pas, il nous livre son admiration pour Claude Debussy, Maurice Ravel ou bien Marcel Duchamp, ses méthodes de travail, la complexité de sa pensée. Il se sait à l’aube d’un monde nouveau, inconnu, encore tout frais.
Cinquante ans plus tard, que nous reste-il de l’excitation de cette époque ? Nous n’en avons peut-être pas gardé l’optimisme, mais bel et bien la déconstruction sonore. Et les bandes originales de Ryuichi Sakamoto pour des films aussi mythiques que Furyo, Le dernier empereur, Talons Aiguilles, Babel…
Monica Regàs